On n’est gère étonné de trouver dans le porno moderne pas mal de mots d’origine anglo-saxonne. parmi cette « poésie » du gonzo, on trouvera, pêle-mêle, le gangbang, le deepthroat et autres joyeusetés comme cuckold, BBW ou encore MILF. Mais ce qui est plus étonnant, c’est de trouver dans le vocabulaire du porno international une jolie quantité d’expressions japonaises. Ainsi, les adeptes des tubes X n’ignorent plus ce que signifie, peu ou prou, bukkake, hentaï ou shibari.

Viens voir mes estampes japonaises

Il faut dire que le tropisme nippon de l’imaginaire sexuel occidental ne remonte pas à hier. Ainsi, les fameuses « estampes japonaises » ont connu plusieurs heures de gloire en Europe et aux Etats-Unis. Désignées au Japon sous le terme de shunga (littéralement, images de printemps), ces gravures érotiques, dont de nombreuses remontent à l’ère Edo (du 17ème au 19ème siècle) présentaient, aux yeux des occidentaux, l’avantage de proposer une caution culturelle à une certaine forme de pornographie.

shunga Okusaï japonaises Empire des Sens

Plus près de nous, le succès de l’Empire des Sens (Nagisa Ōshima, 1976) n’a fait que renforcé l’enthousiasme des adeptes d’érotisme hard en Occident. Pourtant, quant à la représentation du sexe, le Japon reste très puritain. Et surtout, très codifié. De ce fait même, les productions pornographiques japonaises ont du faire preuve de pas mal d’originalité pour contourner la censure. Une originalité qui a conféré une place à part au porno nippon.

Shibari : l’art de ligoter

Ainsi, les adeptes du BDSM ont découvert, largement grâce au développement du porno sur internet, l’art du shibari. Si les techniques de ligotage d’un sujet constituent historiquement des arts martiaux, le shibari revêt quant à lui très vite un caractère érotique. Le ligoteur comme le sujet éprouve un plaisir sadomasochiste à cette pratique. Sans compter que le tableau né de ces liens présente un caractère esthétique.

shibari par Araki

Les japonisants les plus érudits (dont je ne suis pas) préfèrent souvent le terme kinbaku. En Occident, c’est John Willie, un photographe et dessinateur britannique qui, par de nombreuses oeuvres fétichistes, popularise le premier cette pratique BDSM.

Bukkake : la douche de sperme

Autre terme très employé par le porno international, le bukkake peut être conçu lui aussi comme pratique SM. Le mot, venu du verbe bukkakeru (éclabousser d’eau), va vite rencontrer un vif succès. Certains prétendent que la pratique vient d’une punition médiévale réservée aux femmes japonaises infidèles. Elle consiste, pour un groupe d’hommes, à éjaculer sur le corps, habillé ou nu, de la victime.

bukkake

Aujourd’hui, l’expression bukkake s’utilise dans des productions pornographiques de toutes origines. Et elle a fait des petits. Ainsi, le gokkun (qui vient d’une onomatopée nippone proche de « gloups ») en est une variation dans laquelle, cette fois, la femme ingère le sperme.

Chikan : les « frotteurs » du métro

Parmi les expressions japonaises qui font florès dans le porno international, le mot chikan désigne ce qu’on appelle en France les frotteurs des transports en commun. Dans une rame de métro bondée ou un bus plein à ras-bord, une victime se trouve touchée, et parfois violée, par un ou plusieurs passagers.

Certes, le propos est parfois renversé pour que la femme devienne la peloteuse, mais tout de même. Est-ce le puritanisme japonais ou le porno lui-même qui favorise un telle chosification de la femme ? A chacun de se faire son idée.

Hentaï : BD et dessin-animé porno

Autre grand succès nippon dans le porno mondialisé, le hentaï est une forme particulière du célèbre manga. Que ce soit en libre (BD) ou en film (dessin-animé), le mot désigne cette fois quelque chose qui se métamorphose, avec une connotation de perversion.

Dans ce marché très réduit du dessin-animé porno, le hentaï se taille la part du lion. On ne compte plus le nombre de sites spécialisés. Les dessins-animés y sont parfois sous-titrés, parfois doublés.

Autres expressions japonaises

Avec parfois moins de succès, d’autres expressions japonaises commencent à se faire une place dans les tubes pornographiques. Et c’est peu de dire qu’elles désignent des pratiques originales. Pour ne pas dire autre chose. Certes, le mot futunari (hermaphrodite, androgyne) n’est que l’alter-ego japonais de la shemale anglo-saxonne. Mais que dire du kusuguri, une forme de chatouille érotisante et volontiers sadomasochiste ?

Et encore, on vous épargnera ici les images de omorashi et de tamakeri qui rencontrent un succès certes confidentiel, mais manifeste, sur les sites pornographiques. La première de ces expressions japonaises signifie « coup dans les testicules ». La seconde veut dire « se mouiller » et a un étroit rapport avec ce qu’on appelle « urophilie ». Pas besoin de vous faire un dessin ?