Vous trouvez peut-être le Musée du Louvre trop grand ? Vous imaginez sa visite trop rébarbative, sa gigantesque collection trop vaste ? Voici un point de vue qui pourrait, alors, vous faire changer d’avis. A travers 10 œuvres dont l’érotisme n’a rien a envié au sexshop du coin, nous allons ainsi regarder le plus grand musée du monde d’un œil fripon.

1- Gabrielle d’Estrées, Ecole de Fontainebleau

Quand j’étais petite, c’est l’oeuvre qui m’a le plus marquée, au Louvre. Généralement intitulé Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa sœur la duchesse de Villars et attribué à « l’école de Fontainebleau », ce tableau est donc supposé représenter la maîtresse de Henri IV et sa sœur, nues dans leur bain.

Gabrielle d'Estrées Louvre

Gabrielle d'Estrées téton François Clouet, Dame au Bain Gabrielle d'Estrées Florence

Et ce qui frappe, bien entendu, c’est l’attitude de l’une des jeunes femmes. Elle pince le téton de la frangine, l’air de rien. S’il existe plusieurs explications symboliques à ce geste – dont la grossesse ou la maternité de Gabrielle – sa charge érotique n’en finit pas de frapper les visiteurs du Louvre. L’oeuvre s’inspire manifestement d’un tableau de François Clouet. Et s’inscrit dans une longue liste de portraits des sœurs d’Estrées seins nus.

Ce tableau se trouve au 2ème étage de l’Aile Richelieu, salle 824.

2- Hermaphrodite endormi (ou Borghèse)

Il s’agit sans doute de l’oeuvre la plus troublante qu’on trouve au Louvre. Cette sculpture antique, découverte en 1608, a été acquise par la famille Borghèse. Le cardinal Scipion Borghèse en a alors confié au Bernin le soin de lui offrir un matelas. Elle représente une femme (un homme ?) allongée, nue, dont on voit parfaitement les attributs virils.

Hermaphrodite endormi hermaphrodite borghese

Pour érotique qu’elle soit, l’oeuvre évoque pourtant un sujet mythologique on ne peut plus classique. La nymphe Salmacis, éprise du beau Hermaphrodite, fils d’Hermès et d’Aphrodite, est rejetée par ce dernier. Elle demande alors à Zeus de fusionner leur deux corps, donnant ainsi naissance à l’hermaphrodisme. A noter qu’il s’agit ici d’une reproduction romaine d’une sculpture grecque (période hellénistique).

On peut admirer cette sculpture au rez-de-chaussée de l’Aile Sully, salle 348.

3- Le Bain Turc, Ingres

Dans les années 1850, Jean-Auguste-Dominique Ingres, vieillissant, s’inspire de la description faite par Lady Montague des bains pour femmes en Orient pour composer son tableau sans doute le plus érotique. A l’origine commandé par la famille impériale, Le Bain Turc a été rendu à son auteur car il avait choqué ces dames.

Le Bain turc Ingres

A l’origine, le tableau, présentant des femmes aux attitudes lascives, sous prétexte d’orientalisme, était carré. Sa composition actuelle ne lasse pas d’évoquer le voyeurisme. Un voyeur qui, par on ne sait trop quel trou de serrure, épierait cette scène d’un érotisme intense, si elle n’était réservé à la gente féminine.

Cette oeuvre se situe au Louvre au 2ème étage de l’Aile Sully, salle 940.

4- Aphrodite, dite Vénus de Milo

Découverte en 1820 sur l’île de Milo (Cyclades), la Vénus du même nom représente en même temps un chef-d’oeuvre de l’art hellénistique et un mystère pour les historiens de l’art. Offerte au Louvre par Louis XVII, elle en devient vite une « star ».

Vénus de Milo Louvres Vénus Milo sein Vénus Milo fesses

Il faut reconnaître qu’avec ses seins nus mais aussi – et sans doute surtout – son vêtement laissant apparaître la naissance de ses fesses, son érotisme suscite autant de fascination que ses bras manquants. A vrai dire, on ne sait trop s’il s’agit vraiment d’Aphrodite (Vénus est une déesse romaine). Mais c’est sans doute sa puissance évocatrice qui lui a valu cette dénomination.

Pour admirer la Vénus de Milo, il faut se rendre au rez-de-chaussée de l’Aile Sully, salle 346.

5- Odalisque brune, Boucher

Connu pour des tableaux plutôt érotiques représentant souvent des femmes nues, François Boucher est un peintre reconnu du XVIIIème siècle, associé au style « rococo ». Avec L’Odalisque, dite aussi Odalisque brune, il signe, autour de 1745, une oeuvre particulièrement évocatrice.

Odalisque brune Louvre

Odalisque brune fesses Odalisque Boucher Munich Odalisque Boucher Cologne

Ce tableau plutôt « fessu » a fait l’objet, de la part du peintre, de deux autres versions. L’une est exposée à Munich. L’autre se trouve à Cologne. Si le modèle du tableau du Louvre semble être l’épouse de l’artiste, les deux autres représenteraient les fesses de Marie-Louise O’Murphy, petite maîtresse de Louis XV.

Pour contempler ce tableau, il vous faut vous rendre au 2ème étage de l’Aile Sully, salle 921.

6- La Mort de Sardanapale, Delacroix

Parfois, Eros et Thanatos se confondent. Et c’est avec la représentation d’un massacre qu’Eugène Delacroix signe en 1827 La Mort de Sardanapale, son oeuvre sans doute la plus sensuelle. Inspiré du Sardanapalus de Lord Byron, le tableau montre le suicide du roi de Ninive, qui précipite dans la mort ses esclaves et favorites.

la Mort de Sardanapale Delacroix

Et si c’est bien une tragédie qui est ici donnée à voir, l’érotisme des femmes nues dans des contorsions lascives et les corps musclés et virils des assaillants ne lassent pas d’interroger le spectateur. Les tenants du classicisme de l’époque vont d’ailleurs trouvé le tableau trop subversif.

Vous pourrez admirer ce tableau au 1er étage de l’Aile Denon, salle 700.

7- Statuette de Femme Nue (Egypte)

Le Louvre érotique, c’est aussi la collection d’antiquités. Ainsi, cette statuette de femme nue, en ivoire, nous vient de la collection égyptienne. On ne sait si cet objet date de la fin de la 18ème ou de la 22ème dynastie (soit quelques 5 siècles d’écart), ni ce qu’elle représente ou encore son usage.

statuette femme nue Egypte

Cette statuette se voit au 1er étage de l’Aile Sully, salle 639-640.

8- Figurine féminine de Halaf (Mésopotamie)

On reste dans l’antiquité, mais mésopotamienne cette fois. Et on reluque cette figure féminine de Halaf, en argile peint, qui représente une femme aux formes plus que généreuses. Représentative de la notion de fécondité, elle est issue de la culture dite de Halaf, du nom d’un site archéologique (nord de la Syrie), autour de 6000-5100 avant JC.

figure féminine Halaf

Pour voir cette figurine, il faut vous rendre au rez-de-chaussée de l’Aile Richelieu, salle 236.

9- La toilette d’Esther, Chassériau

Elève d’Ingres, Théodore Chassériau signe en 1841 Esther se parant pour être présentée au Roi Assuérus dit La Toilette d’Esther. Il y affirme avec force et sensualité sa propre conception du nu féminin. Là encore, le prétexte biblique et orientaliste semble servir les visées érotiques du sujet. Le Livre d’Esther, 21ème livre de la Bible hébraïque, raconte l’histoire d’une belle et jeune juive, déportée à Babylone et devenue favorite du souverain, Assuérus, obtient que son peuple ne soit pas massacré.

Toilette d'Esther Chassériau

Vous trouverez cette toile au 2ème étage de l’Aile Sully, salle 942.

10- Bethsabée au Bain, Rembrandt

Si Véronèse avait, en son temps (1575), figuré l’épisode biblique de Bethsabée au Bain, la version imaginée par Rembrandt en 1654 est nettement moins prude. La jeune femme, d’une beauté remarquable, reçoit à cet instant une lettre du roi David l’invitant à venir tromper son mari en sa compagnie.

Bethsabée au Bain Rembrandt

Le thème du bain féminin devient au XIXème siècle un fleuron de l’érotisme pictural. En cela, le Bethsabée au bain tenant la lettre de David, de Rembrandt, apparaît précurseur. Y compris dans une certaine forme de « réalisme » du traitement du nu. On en connaît d’ailleurs le modèle, qui n’est autre que la propre femme, enceinte de l’artiste.

Pour voir ce tableau, il faut se rendre au 2ème étage de l’Aile Richelieu, salle 844.

L’érotisme au Louvre

A lire : Guide érotique du Louvre et du musée d’Orsay, de Jean-Manuel Traimond, La Musardine, 2008.
A voir : Les plus belles fesses du Louvre, visite guidé proposée par Bruno de Baecque.