On les a étudiés à l’école. Avec plus ou moins de bonheur, d’ailleurs. Les auteurs classiques de littérature, on a tendance à les trouver rébarbatifs. Et pourtant : si on savait les merveilles d’érotisme, et parfois même de pornographie, qui se cachent parmi la bibliographie de Diderot, Aragon, Apollinaire ou même Aristophane, on porterait sans doute un autre regard sur leur oeuvre.

Les auteurs antiques entre sensualité et érotisme

Ce n’est pas, a priori, dans la littérature des antiquités grecques et latine, et encore moins dans la Bible, qu’on imaginerait trouver des chefs-d’œuvres de l’érotisme. Et pourtant, quelques textes classiques plutôt « olé-olé » viennent joyeusement compléter une bibliothèque érotique.

Lysistrata Aristophane

– Le Cantique des Cantiques

Qui l’eut cru ? La Bible comporte aussi sa part de littérature érotique. Avec le Cantique des Cantiques, un texte inclus dans la Septante, probablement écrit au XIème avant JC, le livre sacré juif et chrétien évoque l’amour sensuel et physique.

Cette exaltation des transports amoureux ne rejoint le canon juif que tardivement, mais fait aujourd’hui partie intégrante de la tradition biblique. Il a, par ailleurs, inspiré de nombreux artistes, parmi lesquels Gustave Moreau, Alain Bashung ou encore le pianiste libanais Zad Moultaka.

– Aristophane – Lysistrata

Celles et ceux qui ont eu la chance de compter parmi les hellénistes de leur lycée ont sans doute étudié Aristophane. Mais savent-ils à quel point cet auteur grec du Vème siècle avant notre ère était un rebelle ? Car oui, ce « poète comique », comme le qualifie l’académie, était avant tout un fin critique des puissants de son époque.

Et un pacifiste, toujours en opposition avec les va-t’en-guerre de son temps. Avec Lysistrata, Aristophane signe une pièce, en un acte unique, qui dénonce à la fois la guerre, la domination des hommes sur les femmes et l’hypocrisie de son temps quant au sexe. Lysistrata, l’héroïne, parvient à convaincre les femmes des différentes cités grecques d’obtenir le retour à la paix par un moyen simple : la grève du sexe. Lire la pièce dans le texte, c’est s’apercevoir de nombreuses allusions coquines et autres jeux de mots graveleux. Bizarrement, la plupart des traductions rendent peu compte de cet aspect grivois.

– Ovide – L’Art d’Aimer

Pour les latinistes, cette fois, le texte érotique de référence est L’Art d’Aimer, du poète Ovide (autour de l’an 1 de notre ère). Ce texte est un exemple parfait de la poésie didactique. Ovide s’y propose, par la voie de la poésie, de conseiller les hommes (ainsi que les femmes, livre III) sur l’art de séduire. Et de consommer les fruits de cette séduction.

Là aussi, la place de la femme est quelque peu différente de la société dans laquelle le texte est écrit. Et le plaisir sexuel partagé devient la clé d’une relation amoureuse durable.

Les auteurs classiques plongent dans l’érotisme

Quelques siècles plus tard, des auteurs considérés aujourd’hui classiques, parmi lesquels Diderot ou Musset, font de l’érotisme un sujet. Et si ce sont rarement ces œuvres qui sont retenues pour être étudiées à l’école, on comprend facilement pourquoi.

Diderot libertin

– Les Bijoux Indiscrets – Denis Diderot

On connaît de Diderot le philosophe des Lumières et l’encyclopédiste. On ignore plus souvent le libertin. Pourtant, son tout premier roman, Les Bijoux Indiscrets (1748), relève sans aucun doute d’une approche érotique. Le sultan Mangogul y reçoit d’un génie un anneau qui permet à son porteur d’entendre ce qu’ont à dire les parties génitales (les « bijoux ») de ces dames.

L’argument, coquin s’il en est, permet à Diderot de laisser libre cours à son imagination érotique, tout en dénonçant l’hypocrisie des mœurs et en rendant au désir féminin ce qu’il estime être sa juste place. On prête régulièrement à Diderot des intentions érotiques dans un autre livre, La Religieuse (1796), une oeuvre profondément anticléricale qui n’a donc rien, comme on le prétend parfois, de sadomasochiste.

– Gamiani – Alfred de Musset

Avec Gamiani ou Deux nuits d’excès (1833), on monte d’un ton dans l’expression explicite du sexe. Alfred de Musset y raconte deux nuits d’étreintes physiques entre la comtesse Gamiani, Fanny et Alcide. Ouvertement licencieux, les dialogues de ce roman font raconter aux protagonistes leurs plus grandes prouesses érotiques.

Gamiani, c’est aussi la naissance de la « littérature de la main gauche ». La légende veut que l’auteur aurait tenu le pari de produire un texte odieusement pornographique sans faire usage du moindre mot obscène.

Les auteurs modernes à la limite du porno

Musset, et d’autres, ayant, pour ainsi dire, déblayé le terrain, la littérature du XXème va plonger, quant à elle, dans un érotisme qui frôle régulièrement la pornographie. Et quelques grands auteurs réputés, et parmi eux une femme, vont prendre part à cette aventure littéraire.

Apollinaire porno

– L’Ingénue Libertine – Colette

Oubliez les aventures de Claudine, les œuvres les plus célèbres de Colette, pour plonger dans la vie de Minne dans L’Ingénue Libertine (1909). Oh, vous n’y trouverez rien de salace, mais la vie d’une jeune femme de bonne famille qui, un soir, décide d’aller chercher le grand frisson dans le Paris de la nuit…

– Les exploits d’un jeune Don Juan – Guillaume Apollinaire

Mais cela n’est rien face aux Exploits d’un Jeune Don Juan (1911), de Guillaume Apollinaire. Passionné de littérature érotique et de « curiosa », le poète y raconte la vie de Roger, un jeune homme, lui aussi de bonne famille, qui se révèle être manifestement obsédé sexuel. Là, le porno n’est pas loin. Poils, urine, menstruations : rien n’est épargné au lecteur.

Il faut dire que l’auteur du Pont Mirabeau n’en est pas à son coup d’essai. Avec Les Onze Mille Verges ou les Amours d’un hospodar (1907), il avait déjà commis un roman d’une incroyable pornographie, mêlant urophilie, sadomasochisme extrême…

– Le Con d’Irène – Louis Aragon

Dernière étape de notre parcours dans les œuvres érotiques d’auteurs connus pour d’autres choses, Le Con d’Irène, de Louis Aragon (1928). A l’origine, ce texte fait partie d’un roman inachevé de l’auteur des Yeux d’Elsa. Publié clandestinement, ce récit érotique est à l’origine illustré de cinq eaux fortes, toutes aussi érotiques, d’André Masson.

A elle seule, l’histoire de l’édition de ce livre raconte celle de la censure. Passé dans les mains de plusieurs éditeurs, y compris sous un titre plus chaste, « Irène », le livre ne passera sans encombre sous les fourches caudines du puritanisme qu’en 1986.